Après notre article sur le coût complet d’une exposition canine, une question revenait souvent : que coûte vraiment une exposition du côté de l’organisation ?

Arnaud Thioloy a accepté de répondre par écrit. Il est éleveur, affixe obtenu en 1989, diplômé en élevage canin à Cibeins, ancien président du Retriever Club de France, actuel président de l’ACT Champagne-Ardenne, juge international, organisateur de nombreuses manifestations canines et exposant.

Lorsqu’une société canine décide d’organiser une exposition, par quoi commence-t-elle concrètement, et combien de temps faut-il pour la préparer ?

Dans un premier temps, je peux vous parler de ce que je connais et de mon point de vue. Chaque ACT est différente et tout le monde n’est pas logé à la même enseigne ; ainsi il ne s’agit pas d’une généralité, mais simplement de donner quelques éléments de réponse aux exposants afin qu’ils se rendent compte des exigences d’organisation auxquelles nous devons faire face.

L’organisation démarre au moins un an avant l’exposition, voire plus. En général, il y a une récurrence dans le lieu, facilitant les échanges avec les gestionnaires des parcs. Parfois, il y a des réservations qui s’étalent sur plusieurs années.

L’autre travail, et non des moindres, c’est la constitution d’un jury. Certains juges doivent être réservés parfois deux ans avant, tant leur agenda est dense.

Quelle est, d’après votre expérience, la contrainte que les exposants sous-estiment le plus souvent ?

Le temps !

L’investissement des membres des comités est total. Certaines tâches réclament parfois de longues soirées de travail pour tout mettre en place. Il est important de souligner que tout ce qui est mis en oeuvre pour ce genre d’organisation est pris sur notre temps personnel et parfois professionnel.

Nous restons des bénévoles au service des exposants. Lorsque l’exposition arrive, certaines personnes posent des jours de congés uniquement pour vous satisfaire, ou du moins tenter de le faire.

Comment choisit-on un site d’exposition, et quelle place la location du hall occupe-t-elle dans le budget total ?

Comme je l’ai dit plus haut, la majorité des expositions se déroulent toujours au même endroit. Plusieurs raisons à cela : fidélisation des exposants, échanges avec les gestionnaires des parcs connaissant les attentes de l’organisateur, automatisme pour la mise en place, configuration des lieux…

Il est nécessaire aussi de regarder plusieurs aspects extérieurs : parking, offre hôtelière, accès routier par exemple.

D’un département ou d’une région à l’autre, l’offre de parc expo est différente. Regardons la Champagne-Ardenne. Sur les quatre départements gérés, seulement trois parcs sont susceptibles d’accueillir une exposition internationale et en intérieur : Reims, Châlons-en-Champagne et Troyes. L’un de ces parcs ne souhaite plus accueillir d’exposition canine, l’autre est hors de prix ; il reste alors Châlons.

J’ai parlé de la notion de prix et je pense qu’il est nécessaire de bien faire comprendre aux exposants que les tarifs sont conséquents. On ne parle pas d’une location de salle des fêtes. En 2025, la location du parc était de 70 000 € pour l’exposition de Châlons-en-Champagne. Cela représentait 65 % du budget.

Croire qu’une exposition extérieure soit plus rentable est faux. Pensez bien que les barnums ne sont pas gratuits et qu’il faut souvent une équipe de personnel qualifié pour le montage, personnel qui est facturé par le prestataire. En extérieur aussi, on parle de plusieurs milliers d’euros.

Quels sont les coûts invisibles auxquels les exposants ne pensent pas quand ils regardent le prix d’un engagement ?

Outre le prix du parc expo, d’autres frais s’ajoutent et font monter l’addition.

Je vais être totalement transparent pour que les exposants se rendent compte du budget colossal que l’association engage pour cette exposition de Châlons-en-Champagne 2025 :

PosteMontant
Parc Expo70 000 €
Déplacement juges11 000 €
Restauration et hébergement14 000 €
Récompenses6 000 €
Redevances2 500 €
Organe d’inscription3 800 €
Total des dépenses107 000 € + tous les achats annexes
Total des recettes87 000 €

Je vous laisse calculer le montant du déficit !

Chaque année, nous tentons de réduire certains postes, mais cela n’est pas toujours facile, voire impossible.

Inclus dans le budget du parc, nous dépensons par exemple près de 10 000 € de service de nettoyage. Certes, tout le monde est unanime pour dire que l’exposition de Châlons est propre et que ce service est d’une efficacité exemplaire. D’ailleurs, en parlant d’exemplarité, si les exposants laissant les déjections de leurs compagnons derrière eux devenaient mieux éduqués, nous pourrions faire des économies.

D’une canine à l’autre, ces budgets seront bien entendu différents. Je mets un point d’honneur à offrir de belles récompenses et en quantité, alors que nous pourrions faire une sacrée économie si nous n’offrions qu’aux premiers, par exemple.

Il existe également des contraintes en termes de sécurité. Pour toute manifestation, il est obligatoire de disposer d’agents SSIAP et de sécurité. Non seulement ce n’est pas gratuit, mais ils doivent être présents avec une amplitude horaire de six heures par vacation.

On aime bien comparer ce qu’il se passe à l’étranger, encore faut-il connaître les réglementations et législations dans ces pays-là. Chaque pays dispose de ses normes et cela peut changer beaucoup de choses au final.

À force de consacrer chaque année des budgets importants à la location de halls, serait-il envisageable, pour la SCC ou une société canine, d’acheter et d’aménager son propre site ?

Difficile de répondre. Certaines canines pourraient peut-être l’envisager et se le permettre si elles sont « riches ». L’ACT Champagne-Ardenne ne dispose pas vraiment de local de stockage. Nous avons juste un garage pour entreposer notre matériel, alors que d’autres disposent d’un réel entrepôt.

Si une canine devenait propriétaire de son bâtiment ou terrain, sans parler de l’achat, combien coûteraient les frais d’entretien et d’aménagement ? Que faire de ce lieu en dehors de l’exposition ? Pensons toujours que nous sommes des associations loi 1901, à but non lucratif, et dans ce cas, je ne suis pas persuadé que nous ayons le droit de louer un espace comme cela. N’étant pas juriste, je peux me tromper.

À partir de combien de chiens engagés une exposition devient-elle financièrement viable ? Et peut-elle, malgré un grand nombre d’engagements, tout de même perdre de l’argent ?

Il est impossible de répondre à cette question tellement il y a de paramètres qui entrent en ligne de compte. Dans mes chiffres cités plus haut, nous étions à 1 100 chiens chaque jour et pourtant nous avons perdu 20 000 €.

Avec un nombre de chiens assez équivalent en 2026, nous avons réussi à limiter cette perte en invitant moins de juges et en proposant une exposition sur deux halls au lieu de trois.

Lorsque nous débutons l’organisation, et jusqu’à la clôture des inscriptions, nous ne savons pas combien de chiens seront présents.

Quelles tâches reposent réellement sur les bénévoles, avant, pendant et après l’exposition ? Est-il devenu plus difficile de trouver des personnes disponibles ?

Toutes les tâches en fait. Il faut être présent partout, penser à tout.

En amont, il y a tout à gérer : les transports des juges arrivant en avion, les réservations hôtelières, le choix du traiteur, la gestion des secrétaires et commissaires de ring, souvent difficiles à trouver. Il faut penser à chaque détail lié au montage des rings, gérer tous les documents liés à l’exposition, rendre le site vide et propre, gérer les horaires…

Une exposition canine, c’est une vraie fourmilière avec un impératif horaire. C’est aussi pour cette raison que définir un lieu récurrent permet d’avoir les automatismes et de reproduire la mise en place des précédentes éditions.

Comment constitue-t-on un jury ? Quels critères et quelles contraintes entrent réellement dans le choix des juges ?

C’est l’un des points les plus difficiles à mettre en place et tellement chronophage. C’est presque trois mois de travail, souvent de longues soirées à peaufiner un jury, au détriment de sa vie familiale et après une journée de travail.

On pourrait comparer la constitution d’un jury à une loterie. Pourquoi prendre tel juge plutôt qu’un autre ? Pour une exposition modeste comme Châlons-en-Champagne, nous regardons bien entendu l’aspect financier : un juge perçoit un défraiement kilométrique de 0,50 € du km. Il est parfois difficile d’inviter un juge habitant à l’autre bout de la France s’il ne juge que quelques races, voire qu’une seule.

Nous avons besoin de juges multi-races et notamment français pour assurer les confirmations. Aujourd’hui, il est impossible de programmer une exposition uniquement avec des juges dits spécialistes. Parfois justement, un juge dit spécialiste fera moins d’entrées qu’un juge moins spécialisé. Pourquoi ? Parce qu’avec un juge de la race, les exposants vont regarder ce qu’il élève, quel type il « aime », qui il a déjà fait gagner… Beaucoup de paramètres font que certains éleveurs n’engageront pas leur chien alors qu’avec un juge dit non spécialiste, ils seraient présents, même s’il ne les a jamais jugés. C’est le constat que je fais chaque année depuis que je gère le jury de Châlons-en-Champagne.

L’autre problématique, c’est que nous ne savons jamais combien de chiens il y aura dans une race. Je travaille avec des statistiques sur plusieurs années et j’attribue les races en fonction d’un nombre potentiel d’inscriptions ; sauf que parfois, vous pouvez avoir 40 chiens dans une race alors que votre moyenne est de 20. Même si nous travaillons avec une marge d’erreur, il peut arriver que nous nous retrouvions coincés.

On entend souvent dire qu’un même juge officie toujours sur les mêmes races. C’est vrai que nous rencontrons régulièrement des doublons, parfois sur des expositions proches en date et en distance. Il faut savoir que lorsqu’on invite un juge habilité pour plusieurs races, il ne lui est pas spécifié quelles races il va juger ; il serait d’ailleurs impossible de le faire tant que le jury complet n’est pas invité.

Le jury constitué, nous regardons les races sur lesquelles les juges peuvent officier et on harmonise les attributions. Nous ne pouvons pas connaître tous les juges. Parfois, on nous lance qu’il ne fallait pas l’inviter parce qu’il est mauvais. D’ailleurs, j’attends toujours la définition d’un bon ou d’un mauvais juge, à part celui considéré comme mauvais car il n’a pas fait gagner l’exposant !

Il n’y a pas non plus de concertation avec les autres canines, ou très anecdotiquement. Cela serait difficilement réalisable d’ailleurs. C’est la raison pour laquelle il peut arriver d’avoir le même juge, pour les mêmes races, à un mois d’intervalle.

Combien de chiens un juge peut-il évaluer dans une journée tout en gardant la précision et la dimension pédagogique du jugement ?

Pour parler de la France, dès lors qu’un juge atteint les 80 chiens par jour avec commentaires, il n’est pas possible qu’il officie au-delà de cette limite, règle FCI.

C’est pour cette raison que j’ai mis en place la règle stricte des 80 chiens par juge lors de l’édition de Châlons-en-Champagne 2026. Les inscriptions pour certains juges ont été stoppées avant la clôture car ils avaient atteint la limite. Certaines canines laissent les engagements ouverts et, si un juge atteint cet objectif, certaines classes ou races sont basculées sur un autre juge. Les exposants se plaignent alors, légitimement, qu’ils n’ont pas inscrit pour ce juge et que parfois, à cause du changement, le chien peut ne pas homologuer un titre car il lui manquait un résultat avec un juge différent et bingo ! Le juge de réserve a déjà vu ce chien.

Sur ce point, j’aimerais aussi mettre en responsabilité les exposants, enfin ceux qui attendent la dernière minute pour s’inscrire. C’est une horreur en termes d’organisation. Il est impossible de dire qu’il y aura un changement de juge tant que les inscriptions ne sont pas terminées. Souvent, le dernier jour, la dernière heure, ce sont des centaines d’inscriptions qui arrivent. Il n’est pas rare d’avoir un juge à 55 chiens quelques heures avant la clôture et, au moment de boucler, il se retrouve à 95 chiens. D’où le fait qu’il est impossible d’avertir les exposants avant.

Bien que cela soit noté dans le règlement des juges, certains seront plus pédagogues que d’autres. Je pense que c’est plus une question de tempérament. Il est clair qu’il est plus facile d’expliquer ses choix lorsqu’on juge 50 chiens que 80.

Le choix du juge pèse-t-il dans la décision de s’inscrire ?

L’exposant va-t-il s’inscrire plus aisément avec un étranger plutôt qu’un juge français ? Je dirais que non et cela reprend une bonne partie de la réponse évoquée dans le point précédent.

Certains exposants ont peur de l’inconnu. On ne connaît pas ce juge, alors on ne s’inscrit pas. D’autres, au contraire, seront plus curieux et inscriront d’office.

Dans les différents jurys, je m’efforce toujours d’avoir des juges officiant pour la première fois en France ou rarement venus dans l’Hexagone. Ils ne font malheureusement pas systématiquement le plein d’inscriptions alors que d’autres, que l’on rencontre plus souvent, feront plus d’entrées.

C’est l’ensemble d’un jury qui apportera la réussite d’un événement. Il n’est pas possible que tout repose sur deux ou trois juges de grand renom, pour reprendre le terme.

L’objectif de l’organisateur doit faire en sorte que chaque juge, chaque jour, ait un nombre de chiens à examiner plus ou moins conséquent. Si tous mes juges invités avaient 60 chiens chaque jour, j’estimerais que l’exposition est une réussite.

Quel imprévu ferait le mieux comprendre aux exposants la réalité du terrain ?

Chaque année a son lot d’imprévus : désistement d’un juge à quelques jours de l’exposition, un juge absent au dernier moment, un juge qui refuse d’officier alors que présent, si si, j’ai connu ce cas indirectement ! Suspension d’un juge invité…

La gestion du jury est un stress permanent entre les retards d’avion, les conditions météorologiques pouvant altérer sa venue, les maladies même bénignes, une blessure pendant les jugements l’empêchant de continuer.

Croyez-moi, tant que tout le jury n’est pas présent à l’hôtel le vendredi soir, il est difficile de se détendre.

C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir quelques juges multi-races pas trop chargés afin de basculer les chiens le cas échéant, sinon les chiens ne seraient pas jugés.

Qu’aimeriez-vous que les exposants comprennent du travail d’organisation ?

Les critiques sont toujours bonnes à prendre… à condition qu’elles soient constructives.

Avec la magie des réseaux sociaux, aujourd’hui nous n’avons que des spécialistes de l’organisation, toujours pleins d’idées en vrac mais peu de personnes pour s’investir et les mettre en application.

Je vais vous donner un exemple concret : le sol du parc expo de Châlons-en-Champagne est glissant, c’est un fait ; il est normal que des exposants se plaignent et réclament de la moquette partout, même si aujourd’hui il existe des produits efficaces évitant les glissades. Nous avons entendu leurs doléances et, pour 2026, en ayant un hall en moins, nous avons réussi à mettre de la moquette sur le pourtour de chaque ring, permettant ainsi aux chiens d’avoir des allures avec de meilleurs appuis. Le centre du ring restait quant à lui avec cette surface lisse, et bien des exposants râlaient parce que ce n’était pas moquetté entièrement. Ils n’ont pas vu les efforts que nous avions faits, que nous n’avons pas de partenariat avec un magasin de moquette, que la mise en place nécessite des personnes et du temps. Viennent-ils nous donner la main ?

Notre exposition, c’est deux jours de montage uniquement grâce aux équipes de bénévoles, issus des clubs d’utilisation, des membres du comité et quelques aides diverses comme une école.

Bien entendu, on peut toujours faire mieux et nous cherchons sans cesse à nous améliorer. Lorsqu’on a la tête dans le guidon, nous passons forcément à côté de certaines choses.

Dans beaucoup de canines territoriales, le comité est vieillissant et il est nécessaire qu’elles puissent attirer des « jeunes » pour reprendre le flambeau. Ce n’est pas que la cynophilie française qui va mal, c’est tout le monde associatif et, si vous souhaitez continuer à vivre de votre passion en allant en exposition, investissez-vous auprès de votre ACT car sans cette relève, plus aucune organisation ne pourra se faire.

Les tarifs

Il est nécessaire de parler du prix des engagements. Aujourd’hui, pour un exposant, une exposition nécessite un réel budget entre les frais de route, l’hébergement et la restauration. À cela, il faut ajouter le prix des engagements.

Chaque année, on entend, ou plutôt on lit, que tout augmente. Regardez de plus près les variations du prix des inscriptions et vous constaterez que beaucoup de canines n’augmentent pas le prix des inscriptions, ou juste un minimum par rapport aux contraintes économiques liées à l’organisation.

Avec les chiffres que je vous ai communiqués, j’espère que vous prendrez conscience que chaque organisation tente d’équilibrer les comptes, et pas forcément en se reposant sur les épaules des exposants.

Ailleurs, c’est moins cher ! Mais peut-être qu’ailleurs, les budgets de fonctionnement sont différents.

Le ring d’honneur

Il est dommage de voir parfois des rings d’honneur dépourvus de certaines races. Bien sûr, on va dire que ce n’est pas la peine d’y aller car ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Normal puisque vous n’y êtes pas !

Parfois, on entend dire aussi : « Je ne peux pas rester, vous comprenez, j’ai de la route à faire, je n’habite pas à côté. » Je trouve cet argument non valable car lorsque vous vous inscrivez à une exposition, vous connaissez dès le départ la distance depuis chez vous. Entre-temps, le trajet ne s’est pas raccourci. C’est comme un manque de respect pour les autres concurrents et pour le juge qui vous a désigné Meilleur de Race et donc qualifié pour accéder au ring d’honneur.

Certains pays ne valident pas les résultats si le chien n’y est pas présent. Cela serait dommage d’en arriver là car le ring d’honneur fait partie intégrante de l’organisation et nous nous démenons pour le rendre attrayant.

Conclusion

Dit en préambule, je vous livre mon propre ressenti, ma propre expérience et en fonction de nos propres moyens. D’autres canines peuvent avoir un discours différent, certaines se reconnaîtront peut-être aussi.

Vous, exposants, j’espère juste que vous aurez compris certaines contraintes et problématiques que nous rencontrons pour vous accueillir le temps d’un week-end et que vous ferez preuve d’un peu plus d’humilité lorsque des couacs apparaîtront dans une organisation. Nous ne sommes pas des magiciens.

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